Créer une famille n’équivaut pas forcément à désirer la même chose pour demain.
En effet, il arrive parfois qu’au sein d’un couple, l’envie de donner naissance à un enfant supplémentaire ne soit pas partagée et que la question devienne épineuse. Entre souhaits de chacun, éventuelles pressions extérieures et équilibre familial, le désir d’enfant supplémentaire est une question qui met souvent à mal la communication et la complicité du couple.
Le désir ou le refus d’un autre enfant : comprendre pourquoi
Lorsqu’un déséquilibre apparaît concernant l’envie d’agrandir la famille, il est primordial de prendre le temps de comprendre les raisons profondes de chacun.
Le désir d’un enfant peut-être motivé par des envies personnelles, une vision idéale de la famille, le souhait de donner un frère ou une sœur à son enfant ou tout simplement par un sentiment d’incomplétude. À l’inverse, le refus peut être causé par la fatigue liée à la parentalité, des inquiétudes financières ou professionnelles, des angoisses liées à la santé ou à l’équilibre familial ou tout simplement par l’impression d’avoir sa dose et d’être dans une forme d’harmonie.
Il est important cependant de ne pas juger ni minimiser le ressenti de l’autre. Chacun a sa propre histoire faite de blessures, d’espoirs déçus voire inaccessibles et de limites. Parfois également l’histoire familiale pèse dans la balance – accouchement difficile entraînant une crainte concernant un nouvel accouchement, dépression post-partum ayant conduit à appréhender une nouvelle grossesse ou encore décès d’un proche durant cette période rendant impossible toute envie d’une nouvelle grossesse… -et vient interférer dans la décision prise aujourd’hui. En discuter ensemble permet de mettre des mots sur les freins ou les élans respectifs et ainsi éviter de sombrer dans des conjectures blessantes voire dans des reproches injustes.
Prendre conscience des enjeux personnels mais aussi des attentes sociales ou familiales permet par ailleurs de faire la différence entre ce qui relève du souhait dont on aurait pris conscience et ce qui procède plus largement du vouloir. Ce travail en profondeur – parfois accompagné avec beaucoup de bénéfice par un professionnel – permet souvent non seulement de mettre en lumière les réelles raisons du désir comme du refus mais surtout contribue fortement à amorcer un dialogue serein.
Ouvrir un dialogue serein et bienveillant dans le couple
Il s’agit d’un sujet particulièrement sensible, il est donc essentiel de communiquer de manière sincère, respectueuse et ouverte. Il est normal que la discussion prenne parfois un tour émotionnel, tant les enjeux sont importants. Pour éviter que le débat ne se transforme en véritable combat de coqs, il est préférable de choisir un moment calme, où chacun se sent prêt à écouter l’autre et à lui parler. L’objectif n’est pas de convaincre l’autre à tout prix mais bien d’exprimer ses sentiments et besoins profonds.
Il faut parler en « je » plutôt qu’en « tu » pour éviter les accusations et reproches et pour rester dans l’expression de ses propres ressentis. Il vaut mieux par exemple dire « je ressens une envie de maternité/paternité qui me surprend », que d’exprimer « tu refuses de me donner un autre enfant ». La blessure serait évidente et l’autre aurait plus de mal à entendre votre souffrance. N’hésitez pas à reformuler ce que l’autre vient d’exprimer pour prouver que vous avez compris, et pour lever les possibles malentendus.
La patience est vraiment requise dans ce type de discussions. Il arrive souvent qu’il faille plusieurs échanges pour arriver à mettre des mots sur ses émotions et ses doutes, intégrer la position de l’autre,et laisser le temps à chacun d’accuser le coup… Parfois, la présence d’un tiers neutre comme un conseiller conjugal permet de fluidifier le dialogue en sortant du cadre trop intime du couple.
Enfin, gardez également à l’esprit que ce genre de questions ne se règle pas en une seule conversation. Cela s’apparente davantage à une sorte de cheminement à deux, où la compréhension et l’empathie sont essentielles.
Explorer ensemble les solutions et respecter le rythme de chacun

Après avoir posé les bases d’un dialogue apaisé, vient le temps d’explorer les pistes possibles. Il s’agit souvent d’envisager différents scénarios : prendre du temps avant de décider, se donner une échéance pour réévaluer la situation, consulter un spécialiste de la parentalité, ou même envisager d’autres formes de projet commun si la décision est ferme d’un côté. L’important est d’avancer à deux, sans que l’un ait l’impression de céder ou de sacrifier une part de lui-même.
Pour accompagner cette réflexion commune, plusieurs actions concrètes peuvent être envisagées afin de soutenir le couple dans ce processus délicat :
- Organiser des temps réguliers d’échange pour partager ses ressentis et ajuster les attentes.
- Se documenter ensemble sur les différentes options possibles, qu’elles soient médicales, psychologiques ou sociales.
- Participer à des ateliers ou groupes de parole pour couples en questionnement sur la parentalité.
- Établir un cadre sécurisé où chacun peut exprimer ses émotions sans crainte de jugement.
- Prendre en compte les besoins individuels en termes de temps, d’espace personnel et de soutien extérieur.
Respecter le rythme de chacun est fondamental. Il est possible que le partenaire qui refuse change d’avis avec le temps, ou au contraire, que le désir d’enfant s’atténue chez l’autre. Forcer une décision risquerait de générer des frustrations profondes ou des tensions durables dans le couple. Il est donc préférable de laisser le temps faire son œuvre, tout en poursuivant le dialogue et en continuant à nourrir la relation.
Quoi qu’il en soit, c’est un choix de couple qui doit être pris à deux et sur un véritable consentement. Chacun doit pouvoir exprimer ses peurs, ses envies mais aussi ses limites, sans jugement ni pression. Parfois, accepter de ne pas être prêt à la même étape du chemin, c’est déjà faire preuve de maturité et de respect, et consolider les fondations du couple sur le long terme.