« Tu devrais faire comme ta sœur, elle réussit toujours ses devoirs. » Bien que formulée avec les meilleures intentions du monde, cette phrase peut marquer durablement un enfant. Par des remarques banales ou des mises en comparaison répétées, les adultes installent parfois malgré eux une ambiance de compétition et d’insatisfaction dans l’esprit des petits.
Pourquoi comparer est-il néfaste sur le plan psychologique ?
Bien que motivantes pour certains, les mises en comparaison sont pourtant très dangereuses psychologiquement pour l’enfant. Mesuré en permanence à ses frères et sœurs ou à ses camarades, il peut se sentir inférieur ou au contraire ressentir une pression telle qu’il doit systématiquement être le meilleur. Cette ambiance génère de la souffrance intérieure et favorise l’installation d’une estime de soi faible associée à un manque de confiance, mais aussi une peur de l’échec qui accompagnement l’enfant jusqu’à sa vie d’adulte. Outre l’infériorité, la mise en comparaison entraîne également du ressentiment vis-à-vis des autres et crée une hostilité envers les enfants qui peuvent être perçus comme des rivaux. De manière générale, le stress généré est tel qu’il impacte le bien-être psychologique et détériore l’harmonie intérieure de l’enfant.
Par ailleurs, la mise en comparaison répétée altère la perception que l’enfant a de lui-même : il ne sait plus quelles sont ses vraies qualités et ses réels défauts. Il finit par perdre toute confiance en lui et ne se sent plus digne d’être aimé s’il n’obtient pas sans cesse l’approbation des autres. Ce mécanisme favorise le stress, la personnalité angoissée et repliée sur elle-même et peut même mener à des troubles encore plus graves tels que la dépression ou le décrochage scolaire. L’enfant éprouve un profond sentiment de dévalorisation que celle-ci soit positive ou négative – quand il est perçu comme celui qui n’arrive jamais rien – et souffre de manière générale d’un amour conditionnel lié aux performances sociales attendues de lui. Certaines études montrent d’ailleurs que les enfants stressés ou mal dans leur peau réussissent généralement moins bien scolairement et socialement.
Enfin, être mis en comparaison par les adultes entraîne également une jalousie vis-à-vis des autres enfants. L’enfant ne se sent pas en compétition et peine alors à s’épanouir personnellement tout en ayant du mal à nouer des relations saines avec les autres. La compétition crée un climat permanent de rivalité qui accentue la peur de ne pas être à la hauteur et booste le stress au quotidien. Confiance en soi est fragilisée et relègue au second plan le développement harmonieux favorisé par les différences intrinsèques.
Une dynamique familiale et sociale perturbée par les comparaisons
Dans la famille, les comparaisons génèrent et alimentent les rivalités. Le petit frère ou la petite soeur valorisé(e) aux dépens de l’autre, peut nourrir de la colère, de la tristesse, un sentiment d’injustice. Ce climat conflictuel favorise les luttes de pouvoir entre frères et sœurs, fragilise les liens d’attachement et nuit à la solidarité familiale. Il arrive même que les enfants se retrouvent enfermés dans des rôles ou des étiquettes qu’ils ont du mal à dépasser : le « bon élève », le « turbulent », etc. Cette hiérarchisation stigmatisante peut avoir des conséquences durables sur la confiance en soi et la qualité des relations, y compris à l’âge adulte.
Les tensions sont d’autant plus fortes dans les familles lorsque l’un des enfant est porteur de handicap ou est différent dans son rythme ; ce dernier peut se sentir exclu ou incompris. De plus, les enfants ayant besoin d’être soutenus pour se sécuriser émotionnellement sont plus vulnérables face à ces tensions générées par la rivalité. Enfin, lorsqu’il existe des comparaisons répétées entre deux enfants, celles-ci peuvent fonctionner comme de véritables prophéties auto-réalisatrices : l’enfant finit par répondre à ce qu’on attend de lui, de façon positive comme négative.
Sur le plan social, les comparaisons favorisent une dynamique compétitive au détriment d’une dynamique coopérative. A l’école comme dans le sport ou toute autre activité extrascolaire, l’enfant va assimiler le fait qu’il doit être meilleur que les autres pour être reconnu. Cette croyance l’empêche de développer son esprit d’équipe et sa capacité à apprécier la différence. Elle favorise également le harcèlement ou l’exclusion des « moins bons ». Il vaut donc mieux garder vos comparaisons pour vous et aborder si besoin avec bienveillance en discussion parentale les différences entre vos enfants, afin de ne pas alimenter la rivalité et éviter que l’un soit stigmatisé.
De plus, la récurrence de ce schéma dans différents lieux (famille, école, loisirs) amène les enfants à croire que leur valeur n’existe que dans la mesure de leurs performances et/ou de leur conformité à des critères étriqués. Cette pression permanente pèse lourdement sur leur moral et peut laisser des séquelles durables sur leur manière d’entrer en relation avec autrui.

Accepter et valoriser la différence de chaque enfant
Chaque enfant a ses talents, ses passions, son rythme d’apprentissage. Au lieu de le comparer aux autres, il est important de repérer et de valoriser sa différence. En observant avec attention, en écoutant sans jugement et en soutenant la recherche de soi, vous permettra à l’enfant de bâtir une personnalité forte et positive. Il est également essentiel d’instaurer des temps privilégiés avec chacun de vos enfants pour lui prouver qu’il a sa place, qu’il est important et unique à vos yeux.
En tant qu’adultes bienveillants, il faut mettre l’accent sur les progrès réalisés et les efforts fournis plutôt que sur les résultats obtenus par rapport aux autres. Il ne faut pas non plus tirer de conclusions hâtives ou apposer des étiquettes qui freineront l’enfant dans sa réalisation personnelle. Cette attitude bienveillante favorise l’estime de soi, valorise le potentiel du enfant et l’incite à donner le meilleur de lui-même non pas pour éviter une déception mais parce qu’il a envie de s’épanouir.
Valeuriser la différence de chaque enfant c’est aussi accepter et respecter ses faiblesses tout en le soutenant avec patience. Le parent empathique doit alors reconnaître les réussites même minimes et célébrer les parcours différents pour que chacun se sente aimé et accepté tel qu’il est indépendamment de ses résultats ou de ses différences.
Quand l’enfant se sent compris et accepté comme il est il ose explorer prendre des initiatives et s’ouvrir au monde. Il apprend à se connaître s’aimer et aimer les autres dans leur différence.
Comparaisons : des alternatives bienveillantes pour soutenir le développement
Pour favoriser le développement de l’enfant, il existe mille et une alternatives positives aux comparaisons. Encouragement, écoute active et empathie sont des alliés puissants pour accompagner l’enfant dans son apprentissage du monde. En misant sur la communication bienveillante et l’éducation émotionnelle, vous soutenez l’expression des émotions et renforcez la confiance en soi.Pour être constructif, il vaut mieux valoriser ce qui a été réalisé et les efforts fournis que de mettre en avant ce qui est absent ou ce que font les autres.
Il est ainsi pertinent d’opter pour les stratégies suivantes : comparer l’enfant à lui-même, c’est-à-dire décrire ses progrès et ses comportements ; utiliser les encouragements spécifiques ; mettre en place des rituels valorisants (le « conseil de famille » par exemple ou des moments de partage où chacun exprime ses réussites et ses difficultés) qui tissent des liens solides et renforcent la confiance mutuelle ; proposer des objectifs individualisés (découpage d’une tâche en étapes successives) adaptés aux capacités et aux envies de chaque enfant pour qu’il se sente acteur de son cheminement.
Voici quelques conseils pratiques à instaurer au quotidien pour soutenir le développement positif de votre enfant :
- Mettre l’accent sur les efforts et non les résultats pour développer la persévérance.
- Encourager l’expression des émotions sans jugement pour mieux les gérer par la suite.
- Prévoir des moments de réflexion collectif pour résoudre ensemble un conflit, une difficulté.
- Avoir un discours positif et valorisant qui met en avant les capacités, les ressources de l’enfant.
- Proposer des activités collectives qui favorisent l’empathie et la solidarité entre pairs.
- Offrir des défis adaptés qui développent la créativité et l’autonomie.
- Proposer un cadre sécurisant où l’erreur est une source d’apprentissage.
Enfin, il est important d’apprendre aux enfants à coopérer, à s’entraider, à être reconnaissants et à lâcher prise par rapport aux normes sociales. Favoriser les tâches collectives, encourager la motivation intrinsèque et apprendre une compétition saine tournée vers le dépassement de soi plutôt que sur la rivalité sont autant de pistes favorables à leur équilibre émotionnel et à la qualité de leurs relations sociales. En adoptant une posture bienveillante et en leur adressant des messages parentaux valorisant l’effort et la progression personnelle, vous aiderez chaque enfant à devenir un adulte épanoui, respectueux de lui-même et des autres.