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Le dilemme des mamans à la fin du congé de maternité : Entre l’arbre et l’écorce
Parents > Conciliation travail–famille

Une très grande majorité de mamans souhaiterait demeurer à la maison, lorsque leur nourrisson est en bas âge, mais il y a loin de la coupe aux lèvres. En effet, la baisse du pouvoir d’achat de la majorité des travailleurs fait en sorte qu’un seul revenu ne suffit plus à faire vivre une famille au complet. Alors, il peut être difficile de tirer une ligne entre la vie familiale et le marché du travail.

Il n’y a pas à dire, l’arrivée d’un enfant impose un nouveau rythme de vie qui n’est pas toujours en synchronisme avec le monde du travail. Néanmoins, cette nouvelle donne pourra permettre à la mère de réévaluer son rythme de vie et ses objectifs professionnels. Claudie Arsenault, une intervenante en gestion des priorités, estime que «nous sommes dans une société qui a mis beaucoup d’emphase sur la performance, à tel point que la vie de famille en a subi des séquelles. Toutefois, nous assistons à un retour de balancier, au vu d’un nombre croissant de femmes professionnelles qui désirent avoir un enfant sur le tard. Et la grossesse, dans bien des cas, peut représenter un moment idéal pour se projeter dans le futur».

Un nouveau rythme de vie

La naissance d’un enfant implique, invariablement, un nouveau rythme de vie qui obligera la maman à accorder une grande part de ses énergies au nourrisson. C’est dans une optique de conciliation travail-famille que les congés parentaux permettent à la mère de s’absenter temporairement du marché du travail. Depuis le 1er janvier 2006, le régime québécois d’assurance parentale (RQAP) permet à la maman de s’absenter du marché du travail pendant 50 semaines, si elle se prévaut du congé de maternité et du congé parental. Dans certains cas, une travailleuse enceinte pourra faire une demande de retrait préventif auprès de la CSST, si elle croit que son travail est susceptible d’affecter sa santé et celle de l’enfant à naître.

Marie-José, une ressortissante française qui s’est établie au Québec à la fin des années 1990, est devenue enceinte en pleine période de migration vers sa nouvelle terre d’accueil. Laissant tomber son ancienne carrière de gestionnaire, elle décide de se consacrer à la venue de ce deuxième enfant en envisageant de se trouver un travail à mi-temps. Elle ne perd pas de temps à inscrire le futur nourrisson sur des listes de Centre de la Petite Enfance (CPE) et se met à la chasse d’un nouvel emploi. «C’est l’ouverture d’une place pour mon enfant qui a déterminé mon entrée sur le marché du travail, ce qui fait que j’ai confié ce dernier à un CPE à partir de 6 mois», souligne-t-elle. Faisant affaire avec une agence de placement, elle finit par dénicher un emploi de secrétaire à mi-temps, ce qui lui laissera toute la latitude voulue pour vaquer aux tâches ménagères, aller chercher les petits avant que la garderie ne ferme et se consacrer à des passe-temps qui lui ont permis de se ressourcer en bout de ligne.

Retour sur soi

Loin de se laisser déstabilisée par la situation, Marie-José a su rapidement composer avec les événements qui ont suivi la naissance de son deuxième enfant. Elle a été en mesure de profiter de cette «coupure de rythme» afin de recomposer un rapport au travail qui laissait peu de place à la venue d’un autre rejeton. Claudie Arsenault parle de changer nos perceptions face au rôle de la mère, cela dans «une optique où la vie de famille et le monde du travail ne sont plus en opposition formelle». C’est d’un «choix de vie» dont il serait question, puisque les futures mamans devront consulter leur conjoint à propos de leurs priorités en terme de train de vie et de gestion de leur rapports au sein du couple.

«Beaucoup de femmes enceintes aimeraient bien pouvoir compter sur un emploi à mi-temps», mais ce n’est pas toujours le cas», poursuit-elle. Il importe donc, d’abord et avant tout, de «vaincre ses peurs face à un éventuel retour sur le marché du travail et de prendre le temps de faire un bilan de vie qui permettra de peser les pour les contre d’un éventuel retour sur le marché du travail. Évidement, «la maman ne peut pas assumer seule toutes les tâches ménagères, surtout si elle désire réintégrer le marché du travail» et, contre toute attente, certaines opteront carrément pour la création d’une micro entreprise, histoire de pouvoir jouir du meilleur des deux mondes.

La course à relais

Après quelques années de travail à mi-temps, Marie-José en avait assez de faire la queue de veau entre les mômes, le boulot et la maison. Il faut dire que les emplois précaires (sur appel ou à contrat) et les tâches familiales ne lui laissaient pas beaucoup de temps pour se consacrer à ses passe-temps favoris. Elle profite du passage de ses deux garçons vers l’école primaire pour démarrer sa petite entreprise. Flairant les obstacles éventuels, elle fait appel au SAGE, un programme d’aide gouvernemental au service des futures petites entreprises. Les intervenants de ce programme l’ont aidé à reprendre confiance en ses capacités professionnelles et à développer de nouvelles aptitudes d’entrepreneure. «Après la naissance de mon deuxième enfant, je me suis mis à fabriquer des objets d’art que j’exposais dans des cafés ou dans des centres communautaires. Invariablement, les gens se montraient intéressés par mes produits et voulaient même les acheter».

Elle finit par convaincre son conjoint de la supporter au gré d’une démarche structurée qui comprenait la mise sur pied d’un véritable plan d’affaire. Sans pour autant faire fortune avec sa nouvelle entreprise, Marie-José est parvenu à tirer son épingle du jeu en générant un revenu d’appoint qui n’est pas négligeable et en se réorientant vers une nouvelle carrière pleine de défis créatifs.

Mais, toutes n’ont pas nécessairement la fibre d’une entrepreneure. Dans ce cas, le télétravail peut s’avérer une alternative enviable pour les travailleuses qui préfèrent bosser à la maison. La compagnie Bell emploie, à elle seule, 20 000 personnes qui performent à partir de leur domicile. Cette mesure permettrait, s’il faut en croire les estimations de la multinationale, de réduire les déplacements de ses employés d’environ 29 millions de kilomètres par année. Chemin faisant, les mamans qui ont cette chance s’éviteront la hantise des embouteillages au retour de travail, alors que certains CPE ferment leurs portes à 18 heures. Le télétravail permet aussi d’alterner les tâches professionnelles avec les soins apportés aux jeunes enfants, faisant en sorte que le tissus familial soit renforcé au gré d’une dynamique de travail qui laisse plus de latitude aux mères.

Les incontournables

La question d’un éventuel retour sur le marché du travail est indissociable des qualifications de la future maman. Certaines femmes issues de milieux défavorisés et ayant peu d’études à leur actif se trouveront désemparées dans le sillage d’une naissance qui peut avoir des conséquences dramatiques sur leur niveau de vie. Ces dernières pourraient être tentées de faire appel à l’aide social, plutôt que de se retrouver avec des emplois précaires qui leur permettront à peine de rejoindre les deux bouts. Il faut dire que l’Aide sociale remboursera une partie des frais de dentiste, les lunettes et que les prestataires peuvent aussi se prévaloir d’une aide au logement dans certains cas.

Certains organismes communautaires, à l’instar de l’École des Parents dans le quartier montréalais de Pointe-Saint-Charles, aident les mères monoparentales à briser l’isolement par le biais de sessions de formation axée sur le rattrapage scolaire et l’acquisition de connaissances qui leur permettront d’aider leurs enfants à faire leurs devoirs. On les aide aussi à développer leur autonomie et à mettre en branle un plan d’action à défi… gradué. L’idée étant d’évaluer leurs chances de terminer leurs études ou d’en entreprendre de nouvelles afin d’échapper à la précarité.

Les CLSC et les organismes communautaires disposent de programme de première ligne afin d’aider les femmes qui sont aux prises avec des problèmes d’adaptation à leur nouvelle situation de mère ou qui jonglent avec l’idée d’un éventuel retour sur le marché du travail. Certains organismes, comme le Service d'Orientation et de Recherche d'emploi pour l'Intégration des Femmes au travail (SORIF), facilitent la transition entre la maison et le marché du travail. Il peut être difficile de s’y retrouver dans la jungle des programmes gouvernementaux et de peser les pour les contre au niveau des coûts financiers reliés à la naissance d’un nouvel enfant.

Sera-t-il plus payant de rester à la maison ? Les Associations coopératives d’économie familiale (ACEF) ont justement pour mandat d’aider les familles à équilibrer leur budget et à éviter de s’engager dans la spirale de l’endettement. Il ne faudrait pas oublier les différentes mesures fiscales qui s’offrent au conjoint de la maman qui opte pour un retrait du marché du travail. Et outre les allocations familiales du gouvernement provincial, le programme de prestation fiscale canadienne pour enfants (PFCE) vous permettra d’amortir une partie des dépenses encourues pour élever votre progéniture.

Éviter l’isolement

Celles qui choisissent de rester à la maison, pourront socialiser avec d’autres mères en profitant de diverses activités mises de l’avant par les CLSC ou certains organismes communautaires. Certaines profiteront des services de garde en milieu familial ou des haltes-garderies pour prendre congé de leur poupon le temps de se consacrer à un programme de conditionnement physique ou à un hobby en particulier. D’autres s’impliqueront en qualité de bénévoles, histoire d’acquérir ou de parfaire des compétences qui pourront être mises à profit advenant un éventuel retour au travail.

L’essentiel étant toujours de ne pas se faire «bouffer» par les tâches ménagères et de combattre l’isolement en s’impliquant au sein de sa communauté immédiate. Plus souvent qu’autrement, ce temps d’arrêt représentera une chance inespérée pour remettre en question ses objectifs de carrière. Et comme tenait à conclure Claudie Arsenault, «il ne faut jamais perdre de vue qu’une impasse peut se transformer en tremplin qui transformera notre rapport au monde du travail. Il s’agit de donner libre cours à sa pensée créative, afin d’utiliser les contraintes de la maternité comme un cheminement vers quelque chose que vous souhaitez au plus profond de vous-même».

© Patrice-Hans Perrier


Quelques coordonnées utiles:

RQAP
: Vous pourrez faire votre demande de prestations par Internet en utilisant les services en ligne du Régime québécois d’assurance parentale ou par téléphone avec l’aide d’un agent du Centre de service à la clientèle au numéro 1 888 610-7727 (RQAP).

Retrait préventif : Pour plus d’informations sur les modalités d’admissibilité et les alternatives, consultez le site de la CSST en tapant le www.csst.qc.ca.

Prestation fiscale canadienne pour enfants (PFCE) : le montant de base pour un premier enfant s’élève à 1 228 $ par année ou 102.33 $ par mois. Pour en savoir un peu plus à propos de ce programme fédéral, vous n’avez qu’à taper le
www.cra-arc.gc.ca/F/pub/tg/t4114/t4114-f.html.

Y des femmes – Programme OSE : offre des rencontres individuelles qui permettent d’établir un bilan de carrière, d’aider à la recherche d’emploi et même de visiter des entreprises, au besoin. Téléphone : (514) 866-9941.

Claudie Arsenault offre un programme de coaching unique en son genre qui permet aux mamans d’atteindre des objectifs réalistes en terme de conciliation travail famille. Une visite sur le site web de la petite entreprise pourrait vous intéresser : www.travail-famille-loisirs.com.

RESO : un organisme multiservices du sud-ouest de Montréal qui offre des ateliers de rattrapage et d’évaluation pour les mères monoparentales, des clubs de recherche d’emploi et, même, des programmes de formation professionnelle qui tienne compte des contraintes familiales. On peut les rejoindre en composant le (514) 931-5737.

L’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation pourra vous référer à des professionnels qui connaissent la chanson au chapitre des bilans de carrière, des tests d’aptitudes ou d’une démarche d’orientation proactive. Ligne sans frais : 1-800-363-2643.

Le ministère de la Famille et des Aînés s’occupe de tout ce qui touche de près ou de loin à la conciliation travail-famille. Le site Internet de ce ministère vous permettra de vous y retrouver dans les dédales des services de garde ou des programmes éducatifs destinés à la petite enfance. Rendez-vous au www.mfa.gouv.qc.ca.

 
2010-01-02

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