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Ceci s’adresse à vous parents, professionnels de la santé ou quiconque ressent le besoin oudésir de raconter. Chaque être humain est en soit unique, je dirais que cela va de même pour chaque accouchement… Vous avez une histoire à raconter? N’hésitez pas à nous contacter à mereetmonde.com
Voici l’histoire de Mélanie…on croit que lorsque le travail de l’accouchement va débuter, on en aura pour quelques heures. Cette histoire raconte que ce n’est toujours pas comme ça que les choses se déroulent.
« La naissance d’Olivia à la maison » En décembre 2000, j’ai accouché pour la première fois. À l’hôpital, puisque je ne connaissais rien d’autre. Avec les cours prénataux du CLSC, mon homme et moi nous sentions prêts pour accueillir ce petit bébé qui allait, on s’en doutait, changer notre vie. Mais je n’aurais jamais imaginé à quel point la maternité allait transformer ma vie, sur presque tous les plans…
Mon expérience à l’hôpital a été assez difficile. On s’est retrouvés livrés à nous-mêmes, sans support, sans information sur ce qui se déroulait, et sans respect pour les choix que nous avions fait dans notre plan de naissance. Mon homme était présent de toute son âme, mais malgré tout il s’est senti dépassé et impuissant. La pilule était amère… C’est pourquoi, enceinte pour la deuxième fois en 2002, j’ai déclaré à 25 semaines de grossesse «C’est décidé, je n’accoucherai pas cette fois-ci ! » Mon homme m’a très subtilement suggéré de trouver quelqu’un pour m’aider à surmonter ce blocage, et c’est ainsi que mon accompagnante de Mère et Monde est entrée dans ma vie.
Avec elle, tout a changé. Elle m’a mis en contact avec un médecin qui avait une vision plus « alternative » de l’accouchement. En travaillant sur mes blocages, j’ai pu les surmonter, et par le fait même j’ai appris énormément de détails sur l’accouchement que j’ignorais. Le jour J, tout s’est déroulé à peu de choses près comme je l’avais souhaité. Mon homme a également bénéficié de la présence de l’accompagnante, car il m’a avoué quelques jours plus tard que grâce à elle, il avait pu profiter pleinement de son expérience cette fois-ci, et s’était senti plus présent auprès de moi.
Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte pour la troisième fois, j’ai voulu aller encore plus loin dans mon cheminement. Convaincre mon homme d’accoucher à la maison a été somme toute assez facile, mais trouver une sage-femme, dans le contexte politique en 2004, a été un peu plus ardu. Quand l’équipe a été complète, avec mon homme, mon accompagnante et ma sage-femme, réussir mon accouchement à la maison était mon désir le plus cher. Voici comment ça s’est passé…
Dimanche 12 septembre 2004 Durant la soirée, je perds le bouchon muqueux. Vers 20h, je fais venir l’accompagnante et la sage-femme. En attendant, je profite de la maison calme et silencieuse avec mon homme. On est calme, amoureux, on se dit que c’est spécial accoucher la nuit (Dalia et Éliott sont nés en plein après-midi). À son arrivée, la sage-femme prépare la chambre. Avec l’aide de mon homme, elle fait le lit et organise ses « instruments » dans un coin de la chambre, très discrètement.
Vers 22h, la sage-femme vérifie mon col : 4cm, 50% effacé ! Yé, ça travaille !!! Ensuite ça se rapproche, les contractions sont aux 2-3 minutes, plus intenses. Je les prends très bien, je suis sur les endorphines et mon homme aussi ! On parle, on rit aux éclats, on se berce, on bouge, et dans un élan romantique, mon homme va mettre le cd pour qu’on danse sur la musique de notre premier slow. Bébé bouge énormément, ça me surprend, je ne me rappelais pas que mes bébés aient bougé tant que ça pendant mes accouchements précédents.
Vers 1h du matin, je vais me coucher pour me reposer et garder mes forces en vue de ce qui s’en vient. Comme c’est merveilleux d’être chez moi et de pouvoir me coucher dans mon lit pour me reposer ! J’ouvre les yeux : 4h15. Quoi, j’ai dormi ? Et les contractions ??? Disparues ! Alors je m’active, il faut bien qu’il finisse par aboutir cet accouchement-là ! Je me lève pour aller faire du café pour soutenir tout le monde.
Vers 5h, la sage-femme vérifie mon col : toujours à 4 cm., 50%. Déception. Profonde déception. Quoi, ces deux heures intenses de contractions aux 2 minutes n’ont rien donné ? Comment ça, ça arrête. Je me sens trahie par mon corps, tellement déçue… Je pleure à chaudes larmes. Je suis fatiguée, désorientée, un peu en colère aussi, mais surtout, je ne comprends pas. Le travail peut reprendre dans quelques heures comme la semaine prochaine… Va-t-il reprendre quand ma sage-femme sera partie? On se recouche, parce qu’il n’y a rien de mieux à faire, et on essaie d’avaler la pilule.
Lundi 13 septembre, C’est pas évident de lâcher prise, mais j’y arrive et je me permets de me détendre. Je n’ai pas d’attentes et c’est beaucoup plus facile à vivre. J’ai de petites contractions par-ci par-là, rien de bien sérieux, juste assez pour que je me dise que ça peut repartir n’importe quand.La journée passe, je suis en mode « économie d’énergie ». J’ai peu d’appétit et la fatigue commence à se faire vraiment sentir. J’ai des pertes teintées de sang, mais je sais que ça ne veut rien dire. Je me couche tôt, en espérant qu’une bonne nuit de sommeil me remettra d’aplomb. Quelle nuit… Je me fais réveiller toutes les heures par une contraction, et elles sont assez intenses, mais peu fréquentes.
On est rendu le mardi 14 septembre. Je demande à mon conjoint de faire uniquement le plus urgent, puis de me consacrer une heure de son temps. Ce qu’il fait. Ça me fait du bien qu’il s’occupe de moi, qu’il me masse, me flatte, m’encourage… J’ai besoin de son aide pour bien laisser passer les contractions, qui sont de plus en plus fortes et sont rendues assez régulières, mais toujours aux 10 minutes. Je suis au bord de l’épuisement, et le vrai travail n’est pas encore commencé ! Le travail a beau avancer, on n’accouche avec des contractions aux 10 minutes ?!? Encore une fois, je suis submergée par l’incompréhension. Il est 14h15, j’appelle la sage-femme et lui explique la situation. Je lui dit que je commence à avoir hâte que ça finisse, et elle me répond qu’elle, elle avait hâte que ça commence ! Elle me dit qu’elle termine quelques trucs puis qu’elle va passer chez moi, pour voir ce qui se passe. Ça me rassure de savoir que je vais la voir dans quelques heures. Deux contractions plus tard, je me retrouve accroupie, comme tirée vers le bas par une contraction « qui déménage ». Je dis à mon homme que si la suivante est comme celle-là, il faut rappeler la sage-femme. La suivante se pointe 3 minutes plus tard, aussi intense, et me tire vers le bas encore une fois. Mon homme rappelle la sage-femme, qui s’en vient en catastrophe, et elle lui explique au téléphone ce qu’il doit faire si jamais ça se met à pousser. Il est tout fébrile, mais je lui dis de relaxer, c’est encore loin de pousser. Il appelle également l’accompagnante, qui s’en vient tout de suite elle aussi.
Mon accompagnante et ma sage-femme arrivent une après l’autre, vers 15h15. Les contractions sont toujours très intenses, aux 2-3 minutes, mais je les prends bien, accroupie, et j’arrive à bien récupérer dans les intervalles. Ma sage-femme vérifie mon col : 7cm, 100% effacé. Fiou ! Ça continue de progresser, c’est bon signe ! Je demande à la ronde « Est-ce que quelqu’un peut me promettre que cette fois-ci, ça n’arrêtera pas SVP ? » Les deux se mouillent et promettent. Je suis rassurée, mais pas tout à fait convaincue. Pendant les contractions, je refuse qu’on me touche. Je me sens en contrôle : restez près de moi mais laissez-moi aller, je sais ce que j’ai à faire et je sais que je le fais bien. Entre les contractions, je bois beaucoup d’eau et je demande à mon homme de me faire des pressions dans le bas dur dos, ça fait beaucoup de bien.
Vers 15h50, au bout d’une intense et interminable contraction, les membranes rupturent. C’est assez spécial comme feeling, je suis toute émerveillée, ça c’est fait spontanément pour la première fois !!! Le liquide est clair comme de l’eau, et très abondant, tout va bien. Les contractions sont plus fortes et je commence à ressentir une pression. Je ne suis plus à l’aise accroupie, j’ai peur d’accoucher comme ça, que le bébé naisse par terre, alors on m’embarque dans le lit. Vers 16h, la sage-femme examine mon col, qui est complètement dilaté mais il reste une petite bande qu’elle fait passer pendant une poussée. Je pousse en suivant mon corps, sans indication autre que mon instinct. Quand la tête se présente, je pousse doucement en expirant pendant que la sage-femme fait des contre-pressions sur mon périnée. À 16h16, la tête émerge et je m’allonge les bras pour saisir amoureusement ma petite Olivia qui naît. Que d’émotions !!! Elle est toute belle, toute rose, couverte de vernix, et moi je suis dans mon lit, chez moi, avec mon homme dans le lit à côté de moi… Olivia pousse de petits gémissements, mais rien de violent ni de dramatique, comme si elle nous racontait sa naissance et nous disait bonjour. On a bien travaillé toutes les deux ! Elle se tète les poignets, on ferme les stores pour qu’elle ouvre bien grand ses yeux. Qu’elle est belle ! Je compte ses orteils, toute émue et tremblante. Elle étire un bras et explore la peau de ma poitrine, la tête sur mon cœur… * Sylvie Thibault tient la chronique « Il était une fois une naissance… ». Elle est membre du comité National en périnatalité pour l’association de la santé publique du Québec (ASPQ), présidente et fondatrice du centre maternité Mère & Monde, un service de cours prénataux et d’accompagnement à la naissance.
Centre maternité Mère et Monde (514) 362-0177 http://www.mereetmonde.com/ |