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Jouer pour parler ou parler pour jouer? Réponse: les deux
Futurs parents - Parents > Éducation

Jouer est une activité fondamentale de l’enfance. Le jeu remplit plusieurs fonctions dans le développement des petits. Entre autres, il constitue un excellent véhicule pour l’acquisition du langage et des habiletés de communication. En effet, étant en principe amusant, naturel et spontané, le jeu permet une interaction dépourvue de pression et de frustration, à travers laquelle est apprise une panoplie de concepts.

De nombreuses études se sont penchées sur le parallélisme entre le jeu et le langage. On sait que, tout comme lors d’une conversation, les partenaires de jeu doivent manifester une attention conjointe, prendre des tours de rôles et partager différents sujets et thèmes.  Aussi, tout comme la grammaire, le jeu comprend une certaine structure et un ordre à respecter.  

Lors du développement normal, le jeu et le langage évoluent de manière plus ou moins parallèle. Bien qu’elles soient des activités indépendantes, elles requièrent des habiletés cognitives semblables et se stimulent réciproquement. Il est donc fréquent d’observer des retards dans le développement du jeu chez des enfants qui accusent des retards de langage.

Description simplifiée illustrant le lien évolutif entre le jeu et le langage durant la période préscolaire (0-5 ans) :

Au départ, langage et jeu sont très concrets et touchent au moment et objets présents. Avec le développement cognitif, jeu et langage deviendront moins concrets et traiteront des sujets passés ou futurs, de situations imaginaires ou abstraites, etc.

Ainsi, avant 18 mois, le nourrisson ne peut reconnaître et nommer que certaines choses qui l’entourent et qu’il peut voir. Son langage est peu interactif. De la même manière, il ne jouera que seul et avec un objet qui est à la portée de sa main.

De 18 à 24 mois, le petit commence de plus en plus à combiner des mots, ce qui lui permet d’élaborer un peu plus sur son monde. Parallèlement, s’installe la capacité de produire des séquences de gestes durant le jeu (ex. : imiter les étapes pour construire et ensuite détruire une tour, séquences pour donner à manger à une poupée, etc.). C’est là aussi que l’enfant commence à poser de petites questions et qu’un semblant de dialogue prend naissance. En même temps, l’enfant prend un peu plus goût au jeu coopératif, pendant lequel on retrouve plus d’interaction, bien qu’il préfère encore de loin le jeu solitaire.

De 2 à 3 ans, le langage de l’enfant connaît une grande expansion, tant sur le plan du vocabulaire, de la grammaire que d’un point de vue conversationnel.  Il est surtout fixé sur le moment présent mais commence à traiter de choses qui ne sont pas physiquement présentes. Il pose de plus en plus de questions. Petit à petit, il arrive à communiquer des concepts plus abstraits, tels des émotions ou des désirs. Son langage devient donc plus symbolique. Il en est de même pour le jeu qui, tout en restant restreint aux objets, se sert davantage de représentations tirées de situations quotidiennes. En effet, on voit l’enfant jouer davantage à faire semblant, à substituer un objet pour un autre (ex. : jouer à faire des courses, utiliser une brosse à cheveux en guise de téléphone, etc.).

De 3 à 5 ans, le jeune développe des formes de langage de plus en plus élaborées et flexibles, et celles-ci serviront au profit d’un jeu symbolique plus mûr et créatif. Il apprécie le jeu coopératif, pendant lequel il partage des activités ludiques avec d’autres partenaires. Le jeu symbolique est en plein essor, et les enfants s’imaginent dans des rôles divers et élaborent  toutes sortes de scénarios qui ne sont plus strictement liés aux  objets qu’ils manipulent. À partir de là, les conversations et les histoires ne cessent de s’enrichir et l’imagination est vive. Le petit parle du présent, du passé et commence à se projeter dans le futur. L’enfant structure le jeu symbolique à travers le langage autant quand il joue seul (ex. : on peut l’entendre parler tout seul, en s’imaginant des situations), que lorsqu’il joue en groupe (ex. : exploration de nouvelles idées, résolutions de conflits, négociation verbale des rôles et des tours, etc.).

À tout âge, les enfants aiment bien jouer en présence d’un parent et la plupart sollicite même leur participation… et avec raison!  Vous avez tellement à leur offrir! Voici quelques petits conseils pratiques que vous pouvez appliquer pendant que vous jouez avec votre bambin :  

Pour les tout-petits (0-2 ans):

  • Chantez-lui des chansons, des comptines à rimes et même, accompagnez-les de gestes.
  • Jouez à des jeux qui ont des conséquences prévisibles (ex. : cache-cache).
  • Répétez et rajoutez aux sons, aux mots que votre petit produit (ex : si l’enfant dit ballon, vous pouvez dire oui le ballon rouge ou  roule le ballon).
  • Jouer en prenant des tours de rôles (ex : prendre des tours à faire rouler une balle).
  • Nommez les choses que vous lui donnez, qu’il vous demande, qu’il manipule, que vous faites, soit en situation de jeu ou en contexte naturel (routines quotidiennes, comme le bain, par exemple).
  • Commencez à lui lire des livres adaptés à son âge en variant votre intonation et encouragez-le à tourner les pages dès qu’il en est capable. Nommez ce que vous voyez sur les images (objets et actions).

Pour les plus vieux (2 à 5 ans) :

  • Lisez-lui des livres, comme suggéré précédemment.
  • Parlez-lui en jouant ou lors de vos routines quotidiennes, commentez ce que vous faites ensemble.
  • Nommez les objets manipulés et les actions produites tout en jouant et non pas hors contexte.
  • Prenez ce que votre enfant vous dit et bâtissez là-dessus en rajoutant des mots et des idées, selon l’âge. 

  A éviter:

Ne faites pas sentir à votre enfant que vous êtes en train de tester ses connaissances lorsque vous jouez avec lui (ex : c’est quoi ça?, comment ça s’appelle?, etc). Si vous tenez absolument à savoir ce qu’il connaît, il est préférable de lui donner un choix de réponses que de lui poser des questions ouvertes (ex : ‘est-ce que c’est rouge ou bleu’ versus ‘c’est quelle couleur?’). Rappelez-vous, le jeu doit être un moment de plaisir, où l’enfant peut apprendre des choses sans frustrations, sans pressions. 

Connaissant à présent le lien étroit entre le langage et le jeu, n’hésitez pas à vous asseoir jouer avec votre enfant et profitez de ces moments privilégiés pour le stimuler verbalement tout en vous amusant! 

Bon jeu!                                                                                                 

Pour toute question concernant le développement langagier de votre enfant, vous pouvez rejoindre la Clinique d’orthophonie de Montréal par téléphone au (514) 529-6594 ou par courriel :  clinique.orthophonie@sympatico.ca                                                                                       

Valerie Suissa, M.O.A & Ana Inés Ansaldo, Ph.D
 
2006-09-12

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