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Débat social sur les jeunes du secondaire et la réussite
Parents > Éducation
C’est sur les airs les plus populaires des groupes de l’heure, Loco Locass en tête, que s’est tenu le 22 février dernier un débat social sur les jeunes et la réussite intitulé : « Réussir, tout un plan de match ». Huit équipes de six joueurs de différentes écoles secondaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) s’affrontaient autour de quatre thèmes.
  1. Réussir, c’est avoir un diplôme
  2. L’école secondaire s’adapte aux besoins des jeunes
  3. L’élève fait tout pour réussir
  4. L’entourage valorise et stimule le potentiel des jeunes pour réussir.

Chacun de ces thèmes est une affirmation en soi et les participants devaient se prononcer POUR ou CONTRE. L’excellente animatrice menait le jeu de main de maître et permettait aux participants de la salle de se prononcer également sur le débat. Finalement, comme en toute démocratie qui se respecte, le public votait.

Pourquoi ce débat

Nous vivons présentement de grands changements dans les valeurs qui encadrent les personnes et les collectivités. Par exemple, nous sommes passés d’une société qui valorisait énormément le devoir et la discipline à une société qui affirme les besoins d’autonomie et d’autoréalisation. Autre exemple, nous pouvions, il n’y a pas si longtemps encore, nous sentir complètement protégés contre les misères de la vie (manque de travail ou d’argent, problèmes de santé, etc.) Maintenant, les gouvernements nous incitent plus à compter sur nous-mêmes. La famille aussi change; combien de jeunes ne vivent plus avec les deux parents qui les ont mis au monde? Tout cela fait en sorte qu’on se débat dans des situations compliquées. On a besoin de certitudes et de résultats immédiats pour continuer ce qu’on entreprend, notamment à l’école. Et cette crise de valeurs touche plus  particulièrement ceux qui sont à l’âge de consolider leurs valeurs en vue de devenir des adultes, les jeunes.

Ainsi, on constate à travers l’occident un désintérêt non pas pour apprendre – quoi qu’on en pense, les jeunes ont toujours envie d’apprendre – mais pour l’école secondaire telle qu’elle existe actuellement. Le taux de décrochage voisine les 40% et ce n’est certainement pas que les jeunes d’aujourd’hui soient moins intelligents ou que les programmes de formation soient plus difficiles. Les jeunes ne trouvent pas de raisons profondes de persévérer, de réussir. Et ils ont leurs raisons. Mais qu’est-ce que réussir? Est-ce obtenir un diplôme?

Réussir, c’est avoir un diplôme

Le premier débat était lancé avec cette affirmation controversée.  « Le diplôme permet d’aller plus loin, affirmait-on. C’est un passeport pour l’avenir sinon on n’est pas reconnu même si on est capable, disait l’équipe des OUI. » Mais, rétorquait-on, « des gens très connus comme Pierre Péladeau ou Beethoven ont réussi sans diplôme. » Cela demande une grande force de caractère, de la personnalité et de la volonté. On peut réussir une vie sans diplôme car réussir c’est réussir, affirmait le groupe du NON. Par contre, disait l’autre camp, cela ne conduit qu’à des petits emplois comme chez Wal-Mart, des emplois qui ne permettent pas de se payer tous les petits luxes de la société de consommation dans laquelle on vit. Le diplôme ouvre la porte à de meilleurs salaires, c’est vrai, mais réussir, c’est dans sa tête que ça se passe! C’est d’abord réussir à faire ce qu’on aime.

Ce fut un débat très animé, c’est le moins que l’on puisse dire. Et un débat qui n’a pas créé d’unanimité, mais là n’était pas notre objectif. Cependant, on ne se trompait pas en affirmant que, pour un grand nombre de participants et de spectateurs, le diplôme n’égale pas la réussite. La réussite est une notion fort personnelle. Par contre, le diplôme permet de choisir de meilleures places dans le monde du travail. Soulignons que les types de diplôme sont appelés à se diversifier avec la réforme : attestations de capacités, reconnaissance d’apprentissage, etc.

Toutefois, il est à se demander si le peu de motivation des jeunes est attribuable au fait que l’école secondaire n’est pas adaptée aux besoins des jeunes. Et c’est parti pour le second débat!

L’école secondaire s’adapte aux besoins des jeunes

« On manque de ressources! Ça prend deux mois avant de voir un psychoéducateur! Il y a trop de monde à 43 élèves par classe! » « C’est vrai, reconnaissent les OUI, mais avouons quand même que l’école coûte moins cher ici. » L’idéal, tous en conviennent, serait une école où l’élève participe au choix de ses matières au rythme d’apprentissage. Que l’on modifie les horaires des cours pour les adapter aux sept élèves sur dix qui travaillent. Oui, affirment l’autre camp, mais l’école n’est pas un restaurant avec un menu à la carte…

À propos des enseignants, on discute fort. « Les profs manquent de temps et connaissent mal la réforme de l’éducation. Selon ce qu’ils sont, ils peuvent grandement nous motiver ou nous démotiver. Ils n’ont pas à nous gueuler après. » Voilà qui en dit long sur l’appréciation des enseignants. « Il faut commencer par se discipliner soi-même, affirme le groupe du OUI. Il faut prendre les profs comme ils sont. » Tous souhaiteraient cependant la présence de tuteurs et de liens plus intimes avec les enseignants. Que l’on puisse participer, avec les profs, à l’élaboration des règles de comportement et de discipline. « La matière est mal répartie, ajoutent les NON; très peu au début et on catapulte le reste en secondaire 4 et 5! » À l’unanimité, on réclame plus de sports et de disciplines artistiques.

En somme, on voudrait une école où on est davantage consulté, où il y a plus de ressources et moins d’élèves, et où on tient compte de la vie extérieure de l’élève. Voilà le topo pour l’école adaptée aux jeunes. Maintenant, à l’inverse, l’élève fait-il tout pour réussir?

L’élève fait tout pour réussir

Ce troisième débat divisait nettement moins les POUR et les CONTRE. Le décrocheur subit trop de pression pour réussir, et il doit souvent composer avec un emploi dont il a absolument besoin. Mais, préciseront les POUR, s’il ne fait pas de démarches pour obtenir de l’aide, il ne prend pas ses responsabilités vis-à-vis lui-même. Mais cela dépend de ton bagage personnel et de ton estime de soi, nuancent les CONTRE. Les drogues douces ne sont condamnées par aucun des groupes. Ça prend de la volonté, disent tous les participants. Cependant, les CONTRE déplorent qu’ils manquent d’outils pour agir. Persévérer, faire des efforts, demander des suivis au personnel, se raccrocher à l’aide du sport, tels sont les grands thèmes de ce débat.

Maintenant qu’on a touché à l’école et à l’élève, qu’en est-il de l’entourage. Et c’est parti pour le quatrième et dernier débat.

L’entourage valorise et stimule le potentiel des jeunes pour réussir

Les parents, tous s’entendent pour l’affirmer, jouent un rôle très important. Mais, fait remarquer le groupe des CONTRE, beaucoup de parents n’ont pas ce qu’il faut pour soutenir leur enfant. « On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas reçu, disent-ils. » « Grandir dans un milieu où on n’a pas tout, cela peut aussi stimuler, précisait une jeune haïtienne des POUR. Cela permet le dépassement et le goût de donner ensuite. » Les profs, on y revient encore, sont essentiels et on ne profite pas assez de ceux qui sont disponibles pour nous guider. Ce sont des aidants et des motivateurs. On déplore cependant leur surcharge de travail et leur manque de temps. On demande à l’école d’être parfaite, mais le milieu du travail ne l’est pas non plus, précise-t-on. Par contre, l’école devrait faire faire plus d’efforts dans la conciliation travail, vie sociale et études.

Finalement

Bien entendu, la situation n’est pas réglée comme par miracle suite à un débat. Les points de vue variaient selon qu’on cherche à se faire une bonne place dans la société ou qu’on est préoccupé par l’épanouissement personnel.  Par contre, les pistes sont dégagées. Résumons-en quelques unes.

D’abord, le diplôme n’égale pas la réussite, qui est une notion personnelle. Mais le diplôme permet de choisir de meilleures places dans le monde du travail. Puis, plusieurs jeunes souhaitent avoir une participation aux choix des matières, à la discipline, plus de ressources et moins d’élèves par classe. Ils veulent également que l’on tienne compte de la vie extérieure de l’élève. Également, persévérer, faire des efforts, demander des suivis aux personnels, se raccrocher grâce au sport, tels sont les moyens suggérés pour mieux réussir. Ajoutons que les profs et les parents sont de grands motivateurs.

 

Rappelons, pour prendre du recul et ne pas dramatiser une situation préoccupante, que les difficultés de l’école secondaire sont partout dans le monde et que le système québécois peut s’enorgueillir de plusieurs réussite, En effet, c’est le système qui conduit au diplôme une proportion plus forte qu’ailleurs des élèves du secondaire. De plus, l’enseignement que les jeunes Québécois reçoivent est parmi les meilleurs au monde, selon la Revue d’analyse comparée en administration publique, janvier 2005.

On aura compris que ce n’est pas une raison pour baisser les bras car il faut faire en sorte que les élèves réussissent du premier coup, avant de devenir des raccrocheurs.


Diane De Courcy
Présidente du Mouvement pour une école moderne et ouverte (MÉMO) et présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM)

 
2006-09-27

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