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Séparations et recompositions familiales (2 de 8)
Parents > Psychologie

La famille québécoise a connu une véritable révolution au cours des dernières décennies. e modèle nucléaire traditionnel (père, mère et enfants nés de ce couple) ne concerne plus que la moitié des familles, une union sur deux se terminant maintenant par une séparation ou un divorce. La conception de la famille s’est considérablement transformée et englobe maintenant une multitude de modèles possibles : famille monoparentale mère-enfant, famille monoparentale père-enfant, famille recomposée, garde partagée, etc.

L’enfant dont les parents se séparent connaîtra ainsi plusieurs de ces types de famille et aura à s’adapter à ces différentes étapes devenues courantes dans le cycle de vie familiale de la famille québécoise. Je vous propose donc plusieurs chroniques sur ce thème important.

Des réalités difficiles après la séparation


Voilà, c’est fait, vous êtes séparés. Vous êtes déménagés, vous et les enfants, dans un nouveau logement et vous recommencez petit à petit à réorganiser votre vie. Il ne faut pas se leurrer : ce ne sera plus comme avant. Trois réalités difficiles à surmonter pour l’enfant sont souvent la « perte » de l’un des parents, les contraintes financières et les jours de fêtes.

La « perte » de l’un des parents


Les enfants verront beaucoup moins souvent le parent non gardien, en général le père, dans beaucoup de cas.

  • Demandez à votre enfant de choisir une photo de son autre parent et mettez-la dans un cadre dans sa chambre.
  • Proposez à votre enfant, lorsqu’il est chez vous, de téléphoner à son autre parent, s’il le désire, et particulièrement lors d’événements touchant ce parent (son anniversaire, la fête des pères, etc.). N’écoutez pas sa conversation téléphonique et ne posez pas de questions.
  • Acceptez la présence de l’autre parent lors d’événements spéciaux (rentrée scolaire, spectacle, etc.).
  • Empêchez-vous de dénigrer votre ex-conjoint en paroles ou en actes, par exemple, en remisant systématiquement les vêtements qu’il a achetés à votre enfant et que vous jugez « horribles ».

Toutes ces petites concessions et attentions n’ont pas pour but de faire plaisir à votre ex-conjoint, mais de permettre à l’enfant

  • de se sentir relié à ses deux parents;
  • de préserver une image positive de chacun
  • et de se sentir autorisé à les aimer tous les deux malgré leurs différents. Et cela est important ! Le maintien de la relation de l’enfant avec ses deux parents fait partie des facteurs que l’on a souvent associé à un meilleur ajustement à une transition familiale.

Certains parents ont tendance à devenir très égoïstes dans leurs rapports avec leurs enfants en cherchant à avoir plus d’influence sur eux ou en les utilisant pour exercer une forme contrôle sur leur ex-conjoint et régler ainsi leurs comptes personnels.

Témoignage d’Annie, 8 ans, amenée en consultation parce qu’elle parlait de suicide et faisait des crises de colère épouvantables chaque fois qu’elle revenait de visite de chez son père.

« Chaque fois que je vais voir mon père, il n’arrête pas de parler contre ma mère. Elle est trop dépensière, elle se prend pour une princesse, elle ne m’élève pas comme du monde, c’est une folle, etc. Ma mère, elle, ne parle pas contre mon père mais me charge de lui faire des messages à chaque visite : " N’oublie pas de lui dire que j’attends le chèque pour payer tes lunettes. Dis-lui que je vais prendre un avocat s’il continue, etc. " J’en ai marre de servir de facteur pour les bêtises ! Alors j’oublie de lui dire les messages et après, c’est ma mère qui m’engueule. »

Il est très malsain de donner à l’enfant un rôle de messager, « d’espion » ou de poubelle servant à déverser les frustrations contre l’ex-conjoint. Ne demandez pas à l’enfant de parler de l’autre et de ce qu’il vit, cela le met en conflit de loyauté. Aussi difficile que cela puisse vous paraître, la vie de votre ex-conjoint ne vous regarde plus. La seule question qui doit importer est la manière qu’il ou elle remplit ses obligations de parent et de maintenir sur ce point une communication fonctionnelle entre parents.

Les contraintes financières

La séparation coûte cher pour tout le monde : quand il faut tout à coup payer deux loyers, deux voitures, les frais d’avocats, etc., l’argent disponible pour les enfants diminue de 30 à 70% selon les études. Sur le plan matériel les enfants vivant avec un seul parent ressentent fortement cette baisse des ressources financières car il devient plus difficile d’acquérir certains objets, de participer à des loisirs, etc. Cela peut amener des conflits entre le parent et l’enfant lorsque celui-ci désire un objet que le parent doit refuser, faute de sous. Selon Statistique Canada, les enfants des familles monoparentales se retrouvent parmi les groupes les plus pauvres de la société.

Les jours de fête

Un tiers des enfants déclarent que les pires moments à passer sont les jours de fête car ces événements, en plus de perdre de leur enchantement, rappellent l’éclatement de la famille et ravivent toutes sortes d’émotions. Cela est pire si le parent organisant une fête est lui-même bouleversé et envahi par la nostalgie ou encore refuse tout à coup de faire une fête parce que cela ne lui tente plus. Surmontez ce désarroi et continuez d’organiser et de souligner les différentes fêtes, même avec moins de faste, car ces rituels et traditions permettent à l’enfant de sentir que la vie de famille continue, même si c’est autrement, et de développer un sentiment d’appartenance. Cela peut être aussi le moment de changer les habitudes et d’inventer de nouvelles manières de souligner les anniversaires, la fête de Pâques, de Noël, etc.

À faire attention : les promesses oubliées ou les retards très longs pour venir les chercher lors d’une fête ont un effet des plus négatifs sur l’estime de soi de l’enfant qui se sent alors peu considéré, ce qui assombrit la joie de la fête.

Joe-Ann Benoit

 
2005-03-16

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