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La famille québécoise a connu une véritable révolution au cours des dernières décennies. Le modèle nucléaire traditionnel (père, mère et enfants nés de ce couple) ne concerne plus que la moitié des familles, une union sur deux se terminant maintenant par une séparation ou un divorce. La conception de la famille s’est considérablement transformée et englobe maintenant une multitude de modèles possibles : famille monoparentale mère-enfant, famille monoparentale père-enfant, famille recomposée, garde partagée, etc.
L’enfant dont les parents se séparent connaîtra ainsi plusieurs de ces types de famille et aura à s’adapter à ces différentes étapes devenues courantes dans le cycle de vie familiale de la famille québécoise. Je vous propose donc plusieurs chroniques sur ce thème important.
La question de l’âge « favorable » À tout âge, la séparation parentale est difficile pour l’enfant. Il n’y a donc pas lieu de choisir de rester ensemble « à tout prix » à cause de la présence d’un ou plusieurs enfants. Des querelles fréquentes, une profonde mésentente ou l’obligation de « faire semblant », tout cela pourrait même au contraire être ressenti comme plus menaçant et s’avérer plus traumatisant pour le jeune qu’une séparation bien faite. Il ne faut pas utiliser les enfants comme prétexte parce qu’on n’a pas le courage de demander la séparation. On se cache alors la vérité. Le parent qui se sacrifie s’obligeant à rester avec un conjoint qu’il n’aime plus ne rend pas non plus service à l’enfant et finit toujours, plus ou moins consciemment, par reprocher à l’enfant de s’être sacrifié pour lui ou d’avoir « gâché de belles années », lui imposant ainsi le fardeau de la culpabilité. Quand l’enfant, angoissé par la lourdeur de l’atmosphère, s’enquiert « Allez-vous divorcer? » et que la situation devient invivable, l’annonce de la séparation est alors ressentie comme une libération, une fin aux incessants conflits qui minent l’atmosphère. Quand et comment annoncer le divorce à l’enfant? L’essentiel est que l’enfant (et même le bébé) entende des paroles justes sur ce qui se prépare : comment cela va se passer et les conséquences pour lui. Il doit être clairement dit et répété à l’enfant que c’est le lien de couple qui est rompu et non le lien parental, que le divorce les libère de l’obligation de vivre sous le même toit mais ne les exempte pas de leurs devoirs de parents. S’il y a médiation, il faut dire à l’enfant que vous discutez avec l’aide de spécialistes pour choisir les meilleures solutions pour s’occuper de lui. Si cela se passe par l’intermédiaire d’avocats, on peut alors lui dire que c’est le juge qui finalement va décider des modalités de fonctionnement pour que chacun des parents s’occupe bien de lui. Il faut ainsi humaniser la séparation à l’aide de mots et non la garder dans le non-dit, le secret ou le camouflage du style : « Va-t-en, circule. Ça ne te regarde pas! » Cela regarde l’enfant, au contraire, et même de très près puisqu’il vit lui aussi les conséquences de la mésentente parentale. Idéalement, les deux parents annonceront ensemble à l’enfant la décision de la rupture le plus tôt possible après qu’ils l’auront décidée. Quand cela n’est pas possible, chacun le lui dira dans un moment où il est reposé et réceptif. Il n’y a pas vraiment de trucs pour atténuer le choc de cette annonce, sinon que de le faire avec toute la douceur, la simplicité et la franchise dont on est capable. En aucun cas, il ne faut lui dire que l’on regrette sa naissance! Ce serait non seulement très maladroit mais cruel. On pourrait lui dire par exemple : « Je ne regrette pas de m’être marié(e) (ou d’avoir vécu avec ton père/ta mère), même si c’est difficile de se quitter maintenant, puisque tu es né et que chacun de nous sommes très heureux que tu sois là. » Un tiers des enfants éprouvent une forte culpabilité, se tenant responsable de la faillite conjugale, surtout quand l’enfant a été au centre des chicanes conjugales. Il faut dire aux enfants qu’ils ne sont pas la cause du divorce. Tous les enfants ont besoin d’une période d’adaptation pour absorber cette nouvelle. Donnez-lui du temps. Joe-Ann Benoit |