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Faire ses nuits
Parents > Psychologie
Le problème des réveils nocturnes du tout-petit est un thème qui touche bien plus de parents qu'on croit. Certains semblent en avoir honte et pourtant ce n’est pas une faute de se réveiller la nuit, ni de la part du bébé, ni de la part des parents. Les bébés se réveillent pour bien des raisons! Et ce qu’ils demandent n’est pas toujours du lait. Mais comment donc aider un bambin à faire ses nuits? 

Répondre ou laisser pleurer?

Quand un bébé de quelques semaines se réveille plusieurs fois la nuit, on ne s’interroge pas. On pense tout de suite au lait dont il a un besoin régulier pour maintenir un taux de sucre sanguin constant et nourrir son cerveau. Mais auprès d’un bambin de deux ans, quelle conduite adopter? Faut-il lui donner du lait et répondre à toutes ses demandes de peur de le traumatiser? Faut-il le rassurer, lui parler, lui expliquer comme à un grand? Faut-il sévir, l’obliger, ignorer ses appels et le laisser pleurer pour ne pas le gâter? Des livres proposent plusieurs lignes de pensée, des approches qui vont du lit communutaire familial à l’imposition d’un horaire strict, avec toutes les nuances possibles entre ces deux extrêmes. Mais s’il existait une tout autre façon de considérer le problème? Si on appliquait une méthode encore plus douce, celle qui respecte à la fois les besoins profonds de l’enfant et ceux des parents? Dans
certains cas les réveils nocturnes sont les symptômes d’un état de l’être qui s’exprime. Et chercher à savoir QUI s’exprime et QU’EST-CE QUI s’exprime à ce moment-là, c’est se munir de la bonne clé pour régler le problème à sa source. Mais très concrètement, comment fait-on?

L’histoire de Marc-André…

Faisons la connaissance de Marc-André, âgé de vingt-deux mois, qui a beaucoup de difficulté à faire ses nuits. Il vient rejoindre sa mère dans le lit conjugal toutes les nuits et la garde éveillée de toutes sortes de façons ou l’appelle à grands cris déchirants jusqu’à ce qu’elle vienne le bercer. Ses parents veulent comprendre pourquoi et surtout comment aider leur bébé à dormir toute la nuit. Ensemble nous avons travaillé sur plusieurs niveaux en quatre rencontres échelonnées sur une période d’un mois dont je vous présente ici un résumé. Pour aider les parents à mieux comprendre leurs enfants, j’utilise une approche corporelle qui permet de donner la parole à la sagesse de l’être et à l’intelligence innée du corps du bébé (ou d’un fœtus): la «kinésiologie périnatale». Cette technique physique qui ne nécessite aucun don
particulier -mais une formation sérieuse et de la pratique- nous a permis d’identifier plusieurs éléments de réponse et de comprendre la cause de ce problème familial. 

Une cause émotionnelle…

La réponse venue du fin fond de Marc-André surprend ses parents par le choc de sa vérité : «Je prends soin de ma mère». La conscience de la mère nous le confirme : elle ne peut se résoudre à voir son bébé devenir un grand garçon, se détacher d’elle et devenir de plus en plus autonome. Elle le voit déjà devenu adulte, jeune homme, quitter la maison et voler de ses propres ailes. Et la QUITTER. Elle l’a conçu -inconsciemment- entre autres pour fuir sa solitude qui lui faisait si atrocement mal (c’est ce que j’appelle «le mandat de conception»).

Une page de l’histoire maternelle…

Au moment de prendre son envol hors de la maison familiale, poussée trop tôt à quitter le nid par la violence de son père, elle a eu peur de ne pas y arriver toute seule, peur de rencontrer sa solitude, peur de n’être plus utile à personne, elle qui avait construit sa seule raison d’exister sur le sentiment de se sentir utile auprès de sa mère en détresse constante. S’avouer qu’on a peur de la solitude peut à la fois horrifier et soulager. Surprise mais aussi immédiatement «réveillée», elle a pris conscience de tout un pan de sa propre histoire entremêlée de celles de ses propres parents, de son conjoint et de leur enfant sur lesquelles nous nous sommes penchés pour mieux comprendre les enjeux sous-jacents. «Quand les choses ne sont pas dites, la pente peut être très difficile à remonter.»* Ses mots et ses larmes venus du plus profond de son âme ont dessiné un nouveau chemin devant elle et maintenant elle envisage son rôle de mère, de conjointe et de femme d’une façon différente.

Des bébés très responsables…

Il ne nous apparaît pas facilement concevable qu’un bébé si jeune puisse se sentir responsable de sa mère et pourtant c’est le cas de plusieurs enfants. Le bébé ne sait pas qu’il est «juste» un bébé; pour lui il est une personne, l’égal de n’importe quel adulte. Mais concrètement l’enfant est dépendant entièrement de la présence de sa mère, de ses parents et des adultes qui en prennent soin et c’est pour cette raison que, motivé par son désir de survie physique et affective, il est prêt à endosser bien des rôles, même de garder sa mère occupée toute la nuit en faisant fi de son propre besoin de sommeil réparateur, pour qu’elle se sente utile et plus seule du tout. Marc-André a à cœur plus que le simple bien-être de sa mère, il veut agir  pour qu’elle reste en vie : «Je prends soin de toi pour que tu prennes soin de moi, je veux te garder en vie pour que tu puisses me garder en vie.» En entendant cela, la jeune mère nous dit que c’est la première fois de sa vie qu’elle se sent prête à se l’avouer: «Sans l’arrivée de Marc-André dans ma vie, je ne suis pas sûre que je serais encore ici aujourd’hui.»

Éduquer et accompagner…

Si, pour Marc-André, le sentiment de prendre soin de sa mère et, pour sa mère, le besoin de ne pas être seule ont fait se rejoindre ces deux personnes, la suite de leur histoire commune peut maintenant continuer sur une base plus joyeuse et plus légère. Bien des tout-petits acceptent d’assumer des rôles importants au sein de leur famille mais ce mandat peut parfois devenir lourd pour ces petites épaules. Élever efficacement un enfant c’est l’accompagner dans ses étapes de croissance mais c’est également s’accompagner soi-même dans ses propres crises. En prenant soin de soi, on permet à nos inconforts de se métamorphoser en outils de croissance pour toutes les personnes concernées. 

Entre trois et six mois…

Il n’est pas besoin d’attendre que votre petit ait atteint l’âge de deux ans pour avoir envie qu’il fasse ses nuits! Entre trois et six mois, son être se prépare à pouvoir se rendormir seul durant la nuit. S’il a déjà fait des nuits de cinq heures pendant quelques jours de file et qu’il a régressé, se réveillant maintenant aux deux heures, c’est l’un des signes qui indique un besoin à identifier puis à combler.

Des résultats…

Dans les semaines qui ont suivi, on a de moins en moins entendu de petits pas se promener entre la chambre de Marc-André et celle de ses parents. Cet apprentissage s’est fait en douceur à mesure que sa maman a commencé à prendre soin de son sentiment de solitude et découvert mille et une façons d’être utile et aimante pour son bambin, pour son conjoint et… pour elle-même.

* p.31 Les Étapes Majeures de l’Enfance par Françoise Dolto, Gallimard, 1994.


Brigitte Denis
 
2007-02-24

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